Poème

L’Épave

Juillet 1997

Entre larmes, bière et métaphores maritimes, un homme abandonné transforme sa dérive en chanson de naufrage.

J’ai largué les amarres
Car je m’en vais à présent
C’est peut-être un peu trop tard
Le mal est fait maintenant
Mais j’en avais trop marre
Trop marre de tous ces gens
Qui devant moi se marrent
De voir couler mon sang
J’en pouvais plus de ces connards
Trop pressés d’être feignants
Alors je largue les amarres
Je veux voir l’océan…

J’avais tellement la haine
Quand tu m’as jeté comme ça
Que je t’en veux encore Hélène
De m’avoir planté là.

Cette bouteille à la mer
C’était du rhum, je l’ai vidée
Il avait le goût amer
Du jour où tu m’as laissé tomber
Depuis, je rame ventre à terre
J’essaie même pas de t’oublier
J’en ai récité des prières :
Dieu aussi sait que je suis bourré
Alors je rame ventre à terre
En écopant comme un taré
Les litres de larmes et de bière
Qui me feront chavirer…

J’avais tellement la haine
De te voir partir comme ça
J’aurais voulu que tu reviennes
Mais tu m’as planté là.

Je n’ai pas voyagé bien longtemps
J’ai navigué comme un cave
Regarde-moi un peu à présent
Et contemple en moi l’épave
Échoué là sur un brisant
Assis par terre au fond d’une cave
Dans la maison de mes parents
Qui voulaient faire de moi un brave
Je ne suis pas sûr qu’ils soient contents
De moi qui ne suis que l’esclave
De tes yeux si innocents
Regarde-moi, j’en bave…

J’avais tellement la haine
Quand tu m’as jeté comme ça
Mais je savais, quoiqu’il advienne
Que ça finirait comme ça…

J’avais tellement la haine
De te voir partir comme ça
Que je t’en veux encore Hélène
De m’avoir planté là,
Oui je t’en veux encore Hélène
De m’avoir planté là.

Là, là, là…
(Ça y est je coule !)