Poème
Le Tableau
26 mars 1998
Un tableau champêtre se fissure peu à peu, révélant derrière ses couleurs une famille que le départ menace d’effacer.
Ouvre ta main,
Regarde ce dessin :
Un petit chemin
Bordé de pins,
De thym,
De romarin,
Et au loin,
En ce beau matin,
Au détour du chemin,
Dans un petit coin,
Deux petits bambins,
Main dans la main,
L’air de rien,
Comme de bons copains,
Qui n’ont peur de rien.
Ouvre les yeux,
Regarde un peu mieux,
Ce pays merveilleux,
Sous le bleu des cieux,
Un doux camaïeu,
Où ces amoureux
Qui se cachent un peu
Savourent leurs jeux,
Des jeux pour deux,
Des jeux dangereux
Avec le feu.
Les yeux dans les yeux,
Heureux d’être deux,
Miraculeux,
Ils ont l’air plus vieux.
Ouvre ton corps
Et regarde encore
Ce tout petit décor :
Un beau château fort,
Et puis tout au bord,
Avec un effort
Tu verras le port,
Et les vagues d’or.
Ils sont là dehors,
Ils s’adorent.
Ironie du sort,
Elle s’éloigne alors
Et part sans remords.
Lui, son cœur s’endort :
Il attend la mort.
Là-bas, vois-tu ces gamins ?
Leurs grands yeux bleus
Souriront-ils encore ?